dimanche 24 mai 2009

Troisième étude personnelle de "De la Brièveté de la vie" de Sénèque

« L’un est pris par une insatiable cupidité, un autre par une assiduité laborieuse dans des travaux superflus ; un autre est imbibé de vin, un autre est plongé dans la torpeur de l’inertie, un autre est exténué par une ambition toujours suspendue aux jugements d’autrui, l’autre par sa folie du commerce sur toutes les terres et toutes les mers dans l‘espoir du gain ; il en est d’autre que la passion guerrière tourmente insermenté tournée vers les dangers qu’ils leurs sont étrangers ou angoissés par ce qui les concerne ; il en est enfin que l’ingrat culte de ses supérieures exténue dans une servitude volontaire. »

Sénèque ; De la Brièveté de la vie, Chapitre II

Ce qui frappe dans ce texte c’est sa brièveté, or c’est un texte qui par hasard se nomme « De la brièveté de la vie. », c'est-à-dire que d’une certaine façon c’est comme s’il avait mimé en concision la densité de l’objet qu’il se donne. Or qu’est ce qu’on découvre, dès la première page, que nous ne disposons pas d’une courte durée mais que nous en avons perdu. En d’autres termes, certaines vies sont courtes, d’autres ne le sont pas et pourtant nous vivons le même nombre d’années. Alors à quoi ça tient ? A quoi tient la brièveté de la vie ?

On peut comparée la brièveté du texte à la brièveté de la vie. Effectivement pour Sénèque, j’ai bien l’impression que la richesse et notre compréhension du monde ne se joue pas dans l’étendu mais véritablement dans la ponctualité. L’entrée dans le temps, c’est l’entrée dans un instant présent donc dans quelque chose de véritablement court. En vocabulaire bergsonnien par exemple, on pourrait dire que ce n’est pas une affaire de quantité mais de qualité. C’est une affaire de qualité et d’approfondissement. A texte bref, il pourra y avoir des lectures brèves qui n’auraient peut-être pas vraiment d’intérêt et je pense que ce texte nous invite véritablement à approfondir en qualité notre lecture donc à texte bref, il nous faudra certainement une lecture étendue et approfondie.

Il dit « nous n’avons pas reçu une vie brève mais nous nous la sommes faite et nous n’en n’avons pas été dépourvu mais prodigue ». Donc finalement ce qu’enseigne « De la brièveté de la vie » c’est que : A qui sait vivre, et on va voir dans quelles conditions on sait vivre et que ce n’est pas donné à tout le monde, à qui sait vivre, la vie est longue. La vie est même démesurée. Elle est démesurée et peut même être étendu jusqu’à l’infini, jusqu’à cette durée quasi divine qui englobe le passé et le futur. Il dit que notre existence offre une large étendue à qui sait bien en disposer et un peu plus loin après avoir décrit un passage, sur lequel je vais revenir, les hommes qui se divertissent qui font des choses et d’autres et qui perdent leur temps, il dit en parlant de cela que ce n’est pas la vie mais que ce n’est que du temps.
Il y a donc une distinction assez fondamentale dans ce traité entre vie et existence. Entre simple temps et ce qu’on pourrait appeler la vie elle-même. Or il ne s’agit pas d’une différence de qualité extrinsèque mais véritablement une différence d’expérience et nous avons toute notre responsabilité dans la fondation de cette expérience. Si ce n’est pas une donnée objective de la nature, le temps et la vie, c’est vraiment quelque chose qui dépend de notre propre action. De là l’erreur des philosophes et l’erreur des physiologues, ces soi-disant spécialistes de la nature qui pensent qu’objectivement l’existence de l’homme est bien « en comparaison de » alors qu’en fait il ne s’agit que d’une manière d’aborder le problème de traiter sa propre existences car l’existence est à elle-même d’une certaine façon sa propre fin. Le point de comparaison que l’on se donne si on se donne un point de comparaison cosmique, on peut considérer qu’effectivement l’existence n’a pas de densité, enfin n’a pas de longueur, enfin que l’existence est dérisoire et ce caractère dérisoire de l’existence rapportant justement à l’existence elle-même et à l’usage que l’on en fait, devient potentiellement infinie.

vendredi 22 mai 2009

Deuxième étude personnelle de "De la Brièveté de la vie" de Sénèque

« Ainsi en est-il : la vie qui nous échoit n’est pas brève, nous la rendons brève : elle ne nous fait pas défaut, nous la gaspillons. Quand d’abondantes ressources princières tombent entre de mauvaises mains, elles fondent en un rien de temps mais, même modestes, quand elles sont confiées à un bon dépositaire, elles fructifient avec le temps ; de même notre vie s’étend amplement pour qui sait en disposer »
Sénèque ; De la Brièveté de la vie, Chapitre I


L’impression première quand on lit ce texte, quand on l’ouvre, quand on s’y plonge sans à priori, c’est celui d’une certaine sérénité. Pourtant il y décrit les travers de l’Humain et les agitations humaines mais l’atmosphère en général est plutôt sereine.

C’est un texte assez ambiguë de ce point de vue puisqu’il y a de nombreux passages satiriques qui pointent les travers quotidiens d’une humanité jetée dans une poursuite effrénée du futur et pourtant je crois que c’est une des caractéristiques des traités de Sénèque et de ce point de vue là, et c’est à mettre en relation bien sûr avec son encrage au stoïcisme, la parole philosophique doit être une parole coupée de la passion et faire parler la nature c’est faire parler la passion. Et quand bien même elle donnerait la passion pour objet.

Arriver à répondre à ses détracteurs qui aboient contre vous sans pour autant se prononcer contre eux comme un roquet, arriver à réfuter les gens en douceur, c’est très important. Et pourtant le but est vraiment protreptique, il s’agit vraiment de convertir les gens, de retourner la personne de l’intérieur et ce texte, même s’il est très doux et très lisse, cherche quand même à provoquer un certain dégoût à force de peindre les travers qui sont les nôtres, peut-être pour provoquer une certaine nausée, jouer peut-être aussi sur ces passions qui sont les nôtres et qui nous ferons désirer de rentrer dans un autre régime.

jeudi 21 mai 2009

Etude personnelle de "De la Brièveté de la vie" de Sénèque

Après la lecture du livre de Sénèque "De la brièveté de la vie" qui est devenu mon livre de chevet ad vitam eternam, j'ai décidé de vous faire partager mon analyse personnelle de quelques passages de ce traité qui m'a personnellement fait beaucoup réfléchir. Pour ma première analyse, j'ai choisi le passage du troisième chapitre que je vous ai recopier.
« Nous voyons que Dieu est arrivé au point ultime de l’existence humaine qui porte la marque de la centième année ou plus. Allons, rappelle ton âge pour faire le décompte. Compte en le soustrayant à ce temps tout ce qu’un créancier, tout ce qu’une maîtresse, tout ce qu’un Roi, tout ce qu’un client t’as arraché tout comme un différent conjugal, la punition des esclaves, les allers et venus par la ville pour remplir des obligations. Ajoute les maladies que nous fabriquons de nos propres mains, ajoute aussi ce qui reste inutilisé et tu verras que tu auras moins d’années que tu n’en compte. Rappelle-toi quand tu t’es tenu à ta décision, rappelle-toi le peu de jours qui se sont déroulés conformément tes projets, rappelle-toi quand tu as eu l’usage de toi-même à ta disposition, quand ton visage n’a pas changé d’expression, quand ton courage n’a pas faibli, quelle réalisation est à mettre à ton actif en une si longue vie, rappelle-toi combien de gens ont pillé ta vie sans que tu te rendes compte de ce que tu perdais, rappelle-toi combien de temps t’ont coûté une vaine douleur, une sotte joie, une passion dévorante, une fréquentation intéressée, rappelle-toi comme il t’est resté peu de chose de ce qui était à toi. Tu comprendras que tu meurs prématurément »
Sénèque ; De la Brièveté de la vie, Chapitre III


De même pour ne pas regarder ce qu’ils ont sous les yeux, les hommes ont le choix soit de regarder ailleurs, soit tout simplement de fermer les yeux. De même il existe deux grandes manières de se divertir, c'est-à-dire d’oublier que l’on va mourir, la religion d’un côté et l’hédonisme de l’autre. Dieu ou le Plaisir.

La première forme de divertissement, du refus de la mort passe par l’amour véritable, qui aux yeux du Christianisme, depuis Platon, suppose qu’on ne s’attache pas au corps périssable de celui ou celle que l’on aime mais à la beauté immortel dont il n’est écensement que l’expression provisoire. Le divertissement consiste ici paradoxalement dans le refus même de s’amuser. La réalité, c'est-à-dire l’éphémère ne vaut pas le coup. L’Homme est ce drôle d’animal tantôt inquiet qui regarde ailleurs quand le bonheur est là. Le divertissement ou religion fait en l’occurrence comme si la mort était une affaire si grave qu’il faille à tout prix inventer le remède de cheval d’une vie éternel.

Bref, plutôt lever les yeux aux ciel que s’envoyer en l’air et il faut être fou pour être aussi sage.

Sous une seconde forme, plus subtile mais non moins délirante, le divertissement que l’on peut qualifier autrement, d’ « Hédonisme » consiste non plus à surmonter la mort mais à profiter de la vie, à jouir du présent comme si la vie était un gros gâteau dont il s’agirait de manger la plus grande part. Après l’Homme chaste qui se punit d’être mortel en se privant du plaisir, voici l’Homme qui veut jouir parce que le temps presse. Fini le Paradis, adieu l’au-delà, bonjour le 7ème Ciel ! C’est le divertissement de l’Homme qui refusant tête haute la promesse d’une vie après la mort se perçoit qu’en conséquence il est lucide, qu’il est de ceux qui regarde la mort en face sans voir que c’est là justement une façon comme une autre de voir qu’il va mourir.

Telle un fumeur qui s’en grille une pour fêter l’arrêt de sa tabagie, la téléologie hédoniste remplace le divin par le plaisir dont elle fait indûment une fin en soi. Entre celui qui cherche un sens dans un ciel vide et celui qui a pour seul but de jouir, il n’y a qu’une différence de degré. Certains sachant la vie courte se donnent pour seul programme d’en profiter, d’autres espérant le paradis se prive de joie avant de mourir. Chacun son truc.

Mais l’ivresse du plaisir ou l’opium de la vie éternelle sont deux drogues dures qui mettent l’hédoniste et le chrétien en état de manque. Tout deux, mais nous tous, font ce qu’ils peuvent, ils ont en commun d’ignorer tous le jours comme son nom l’indique, le néant n’existe pas et par conséquent le divertissement est un faux problème. Car comme l’enseigne Sénèque dans le traité De la brièveté de la vie, la vie est peu être brève mais elle est infini quand on ne la passe pas à lutter contre des moulin à vent. « Notre existence offre », dit-il, « de vastes étendues à qui sait en disposer. Nous n’avons pas reçu une vie brève mais nous nous la sommes faites et nous en n’avons été dépourvu mais prodigue ».En d’autres termes le temps passe bien sur mais rien ne presse, il faut prendre son temps. Non seulement il est vint de fuir ce à quoi nul n’échappe comme la mort mais se serait là confondre la liberté avec l’aptitude introuvable de faire ce que l’on veut. La liberté, la vraie selon les stoïciens, commence par le courage d’être humble et de renoncer à ce qui ne dépend pas de soi. L’insensé qui dit non comme tout le monde aux évènements qui se passe de lui est beaucoup moins libre que le sage qui dit « oui » comme l’y invite le monde telle qu’il est à la façon dont les choses passent et se passent de sorte qu’il est contradictoire de fuir le plaisir ou l’au-delà que de les rechercher pour eux même. Ils ne sont dans le meilleur des cas que des vertus collatérales de la seule connaissance qui vaille, le savoir-vivre.

vendredi 15 mai 2009

Déjà un an ...

Bonjour,

Aujourd'hui n'est pas un jour comme les autres. Il y a un an, en mai 2008, j'ai ouvert sur "Blogger", mon second blog après avoir déserté l'autre. Un "évènement" qui mérite bien un petit pèlerinage et une commémoration. :)

Bon ! Faisons tout de même un petit bilan de cette année écoulée, car un an c'est à la fois long et court.

Pas terrible la motivation ! Si, tout de même, j'espérais grâce à ce blog créer comme un trait d'union (une interface, je crois, comme on dit maintenant) entre les internautes. Prétexte dirait sans doute mon psy (si j'en avais un).
Ai-je réussi ? Non, absolument pas, mais alors pas du tout. Au fil de ces dix mois, les commentaires des blogger ont été tout à fait rares et je n'ai reçu que peu de messages . Finalement, je crois que c'était plutôt prévisible... J'aurais du être un peu moins naïf ! Et puis, le peuple n'avait rien demandé, et il ne demande d'ailleurs toujours rien... Son relatif silence est donc normal et je ne saurais m'en plaindre !

- Que découvre-t-on dans la blogosphère ?
Un peu de tout, mais alors vraiment de tout, et c'est sans doute ça qui en fait l'attrait : des fêlés, des gentils, des poètes, des méchants, des obsédés, des journalistes, des paumés, des cuisiniers, des curieux, des politiciens, des beaux-parleurs, des sans-intérêt, des avocats, des déprimés, des humoristes, des artistes, des magistrats, des militants, des sympas, ... et aussi, souvent, des donneurs de leçons. Tiens, il y a plusieurs pléonasmes dans ma phrase !

- Pourquoi donc devient-on parfois accroc ?
Car il faut bien le reconnaître, on s'y attache à son blog. Oui, il est tout de même très étonnant qu'un aussi grand nombre de personnes dans le monde blogue régulièrement ? ALORS POURQUOI ? Les raisons sont certainement très diverses et chacun a sans doute une ou des explications.
Grâce à ce blog, j'ai fait quelques connaissances intéressantes ( quasiment aucune précisement ). Mais il s'agit bien entendu de rencontres très virtuelles et donc plus ou moins superficielles. Les rapports sont forcément un peu (beaucoup ?) artificiels et faux. Et en plus, qu'est-ce qui me prouve que X , qui m'écrit de temps en temps, est un homme et qu'il ne porte pas un masque, que ce n'est pas l'un de mes voisins, que... ?
Tiens, au fait, moi aussi j'avance masqué puisque j'ai préféré conserver l'anonymat !
Ensuite et surtout, le petit jeu des "liens amis" et des commentaires (qui constituent me semble-t-il un des plaisirs du blog, et son sel) fausse les rapports entre blogeurs. Il suffit de se promener dans le monde des blogs pour constater que pour avoir des commentaires, il est absolument indispensable de faire des visites et de laisser une trace de ses visites... même si l'on a rien à dire (et c'est bien entendu parfois le cas!).

Tout cela pour dire que si l'on a plaisir à aller régulièrement sur certains blogs amis, il ne faut pas que cela devienne une obligation quotidienne pour faire vivre le sien. Faire chaque jour de la "retape" pour vendre mon blog ne m'intéresse pas, j'ai passé l'âge.
Et pourtant, si je blogue, c'est pour être lu. Que serait un écrivain qui ne publierait jamais rien ? Un peintre qui n'exposerait pas ?

- Que reste-t-il de positif dans tout cela ?
Grâce à ce blog, j'ai été plus attentif à ce qui m'entourait, au spectacle de la nature, à mon village, à mes lieux de balade... ( je sais ça n'a rien à voir ) J'ai pris le temps de regarder autour de moi. Je sais mieux maintenant ce qui est important pour moi, et ça, je le dois peut-être un tout petit peu à mon blog. Et c'est beaucoup pour moi.

Merci à toutes et à tous.

mercredi 6 mai 2009

Réflexion sur les nombres

Quand nous étions bien petit, nous avons manipulé les nombres. Nous leur attribuons même une personnalité plus ou moins sympathique. Il me semble que quand j’étais petit, j’étais entouré de nombres dont certains étaient agréables comme le nombres 2 ou 4 et d’autres un peu déplaisants comme le nombre 7, allez savoir pourquoi …

Le poète Arthur Rimbaud, lui, associait avec chaque nombre une couleur. Cette fascination peut expliquer la bizarre adhésion de certains individus, qui sont par ailleurs raisonnables, à la numérologie qui imagine un lien entre notre destin personnel et quelques dates de notre curriculum vitae. En réalité, les nombres n’ont pas besoins de ces délires pour nourrir notre imagination. Rappelons nous de l’infinitude des nombres premiers démontrée par Euclide et la conjecture de l’allemand Goldbach obtenant deux nombres premiers à partir de deux nombres pairs. Pour définir ces nombres, il est classique de ce référer à la métaphore du berger, le berger qui compte ses moutons et qui dit « voilà j’ai 120 moutons, j’ai 10 moutons, etc. ». Deux troupeaux se voient attribués le même nombre s’il est possible de mettre en correspondance chacun des moutons d’un troupeau avec chacun des moutons de l’autre. L’ennui de ce cheminement qui part du nombre réel du troupeau est de ne pas introduire le nombre 0 dont le rôle est pourtant important.

Une voie tout autre et plus intuitive est proposé par le mathématicien contemporain John von Neumann. Il introduit les premiers nombres au moyen d’une expérience qui consiste à comparer deux tas dont l’un est composé de cuillères et l’autre de fourchettes et à lui poser la question : Voyez vous une différence entre ces deux tas ? « Bien sûr », répond-on, « une fourchette n’est pas une cuillère et inversement. » John Von Neumann enlève alors quelques fourchettes et quelques cuillères et renouvelle sa question qui provoque la même réponse : « Bien sûr, les deux tas sont différents. » jusqu’à qu’il ne reste ni fourchettes, ni cuillères et pose la question finale : « Faites-vous la différence entre un tas où il n’y a plus de fourchettes et un tas où il n’y a plus de cuillères ? » Cette fois la réponse est : « non, il n’y a plus de différences. » Bravo, s’écrit le mathématicien, vous venez d’inventer les deux premiers nombres : le 0 qui est le nombre lié à l’ensemble vide et le 1 qui est le nombre lié à l’ensemble des ensembles vides car les ensembles vides existent, on vient de les voir et l’homme auparavant avait dit qu’ils étaient identiques, qu’on ne peut pas les différencier. C’est donc qu’il n’en a qu’un. Le 0 et le 1 sont l’aboutissement de ce petit jeu beaucoup plus puissant qu’il n’en a l’air.

lundi 4 mai 2009

Réflexion sur la compétition et sa pratique dans le sport.

Il y a la nécessité de tenir compte des limites de notre planète et je propose de remplacer l’attitude permanente de compétition par une attitude d’émulation. La contradiction à ce projet peut évidement être exprimé avec vigueur. Je décrie les oppositions basées sur la théorie darwinienne de l’évolution des espèces, évolution qui a été réalisée sous l’effet de la sélection naturelle et cette sélection implique apparemment la compétition.

Nombreuses aussi ont été les objections fondées sur la pratique du sport. Sa pratique n’est-elle pas fondée sur l’obsession d’un palmarès ? Sur le désir d’être parmi les meilleurs ? En attaquant le palmarès, j’attaque le sport me diriez vous. Compte tenu de la place du sport dans la vie quotidienne de nombreuses personnes, la défense d’un sport sans classement n’est guère facile. Et pourtant, il suffit d’évoquer les larmes de ceux qui sont quatrième au jeux Olympiques pour montrer l’effet pervers des classements, qui réservent une place sur le podium à seulement les trois premiers.

Ainsi une partie de Rugby est durant 90 minutes, une succession d’évènements qui implique en permanence des interactions souvent très intenses entre 30 joueurs, sans compter le 31ème qui est l’arbitre. Ces interactions sont des interactions de connivences avec les quatorze de son propre camp, elles sont des interactions d’oppositions avec les quinze du camp adverse. Elles ont le poids de l’enthousiasme, elles génèrent des moments d’émotions.
Compter les points marqués ou les points subis ne peut être qu’un résumé très trompeur dans la partie. Que signifie « telle équipe a gagné par 42 à 25 » sur telle autre ? Au fond ces nombres ne signifient pas grand-chose.
Un club de Dakar avait pris pour nom « Senfoutlescore » en un seul mot, de telle façon qu’ils veulent marquer que l’intérêt du jeu est ailleurs que dans ces nombres. Ces nombres que l’on devrait considérés comme purement anecdotiques et je vous propose d’adopter comme slogan « vive le score, à bas le score » ; Ca va en faire sourire mais peu vont en être convaincu. J’espère cependant qu’un coin a été enfoncé dans votre certitude que le sport aboutit nécessairement à désigner des gagnants et des perdants.

En fait le sport est essentiellement une bataille contre soi-même, une victoire contre soi-même. Les mots peuvent contribuer à mettre en évidence cette opposition ; Il nous faut accepter de jouer avec un partenaire mais jamais contre un adversaire.

Cela est vrai en politique, cela est vrai dans le sport.