lundi 27 juillet 2009

Le politiquement correct

Qu’est ce que vous avez dit ? Aliéné ? Malade mental ? Non, dites usagé des services psychiatriques. Il n’y a plus de gros ou d’obèses, il n’y a que des gens en surcharge pondérale. Personnes ne songent à expulser les sans-papiers, on met juste en œuvre une mesure d’éloignement des étrangers en situation irrégulière. Tout ça, on le sait bien, c’est du politiquement correct. Mais au fond, ce que l’on sait moins, c’est ce que cela veut dire le politiquement correct. C’est en fait la traduction, mots à mots, de « politely correct », une expression américaine né environ en 1960 pour dire « la bonne manière de s’exprimer politiquement » ou si on veut « la politique à suivre pour parler correctement ». En français, c’est du charabia. Pour nous le politique n’a pas grand-chose à voir avec la correction, la politique renvoie à la citoyenneté, au débat, à l’Etat, à l’idée de Nation. Quand au mot « correction », il signifie à la fois « exactitude » et « politesse » si j’emploi la formule correct pour dire ce que je pense. Je peux être exact sans insulter personne. Bref ça n’a rien à voir avec le politique. Donc le « politiquement correct » en français, ça sent le truc mal traduit.

Le concept a été inventé dans l’université du Michigan et l’idée est de sanctionner tout comportement qui pourrait être discriminatoire envers un individu, notamment au sujet de sa couleur de peau. Il faut que là-bas à l’époque on était encore en train de tuer Martin Luther King et à cloîtrer les noirs dans le ghetto de Harlem.

Le politiquement correct prohibe les mauvais sujets de conversation et même certains mots pour rendre impossible les mauvaises façons de penser qui étaient à l’origine des mauvaises façons de parler et de se conduire.

D’un côté c’est bien, le refus de la discrimination, la non violence, le respect des différences. Comment ne pas être d’accord. Mais d’un autre côté ce code, qui devait nous réformer l’esprit pour nous libérer, il se solde par quoi ? Par un conformisme étriqué, une langue de bois grotesque et une intolérance de pion assez proche du rapport à la langue qui se développe dans les dictatures. On voulait corriger nos mauvaises habitudes de parler pour nous interdire de penser ceci ou cela et finalement on prétend nous empêcher de penser tout court.

En fait on devrait traduire par puritainement correct. Et oui la vieille peur bigote du péché de luxure s’est métamorphosée en gros péché d’orgueil. « C’est moi le champion dans l’aspect des différences et je suis miséricordieux comme un ange envers toutes les victimes et tous les déshérités. Le politiquement correct déteste l’humour, il adore la culpabilité, son univers mental est celui de la faute et de la rédemption. Personne ne souffre des mauvaises structures sociales, tout le mal vient de nos mauvaises pensées et des mots pervers.

Mais alors dans un pays assez riche pour assurer un niveau de vie décent à tout le monde, d’où vient l’inégalité ? L’humiliation des plus démunis ? Le plus correct est de ne pas en parler. Cette hypocrisie à un prix. En ayant le malheur par un tour de passe-passe verbal on assure la succès de ceux qui ne se privent pas d’appeler les choses par leurs noms à commencer par les pires ennemies de la Démocratie : les fascistes et les populistes. Derrières ces prétentions moralisatrices, le politiquement correct sert à deux choses : à passer sous silence la réalité des différences sociales et des inégalités et à rendre impossible l’émergence d’une pensée critique qui permettrait de les combattre.