lundi 19 juillet 2010

Suite d'idées .....

A quoi sert la philosophie ? A rien du tout et c'est pour cela qu'elle est utile. Elle est utile dans la mesure où est inutile ce qui sert à quelque chose à la fin des fins et que la philosophie ne servant à rien du tout, nous enseigne à nous attacher à ce qui, en apparence, n'a pas d'utilité.
Ce n'est pas si facile de devenir ce qu'on est, de retrouver sa mesure profonde. Devenir ce qu'on est .... il faut entendre la liberté. Vous savez la liberté, trois terme pour la liberté :
1. "je fais ce que je veux" Bon ben on ne va pas s'attarder là dessus parce que celui qui dit "je fais ce que je veux" d'abord ignore qu'il est déterminé à vouloir ce qu'il croit vouloir de lui même donc laissons de côté le libre arbitre.
2. il y a celui qui dit " Je veux ce que je fais". Celui là est dans la résignation...
3. il y a celui qui dit "Je deviens ce que je suis". Alors celui là il y a une version essentialiste qui consisterais à dire mais alors la liberté n'est que dans le développement d'une substance préalable que vous ne faites que déployer .... Non ! Devenir ce qu'on est, c'est tout simplement accepter de marcher dans ses pas. C'est accepter non pas d'être dans la résignation mais être dans le consentement qui repose sur la découverte de la nature sans homme. S'acheminer vers une sagesse où tout était déjà conquis. C'est magnifique parce que c'est une définition de la philosophie mais une définition inversée de la philosophie. On dit souvent de la philosophie qu'elle est amour de la sagesse, désir d'une sagesse qui à cet égard lui fait défaut. C'est dire d'ailleurs que l'amour de la sagesse n'est pas sage parce que si l'on désire la sagesse c'est qu'on ne la pas. De sorte que l'amour de la sagesse est un amour fou. On réduit la philosophie bien souvent à l'amour de la sagesse, pourquoi ? Parce qu'on indexe le désir sur le manque. Le désir étymologiquement c'est desidus, l'absence de l'étoile, que l'on peut comprendre à la fois comme la nostalgie de l'étoile et donc désirer de décrocher la lune, un désir qui n'est jamais satisfait, ou bien l'absence totale de l'étoile. c'est pour cela que l'on parle des pourceaux d'Epicure. C'est pas parce ce sont des cochons qui se vautrent dans la fange. Non c'est parce que la colonne vertébrale du pourceaux ne lui permet pas de regarder le ciel. Ainsi le désir en question qui constitue une définition classique, métaphysique, traditionnelle de la philosophie, ce désir là situe la sagesse loin de nous, à bonne distance, à suffisamment bonne distance pour qu'on ne l'atteigne jamais... On a un rapport asymptotique à la sagesse. La philosophie est amour de la sagesse. Proposons alors la sagesse de l'amour, c'est à dire la joie, l'art d'aimer le monde malgré ce qu'il a de déplaisant. On pourrait trouver ça absurde et incohérent. Après tout le monde n'a rien de réjouissant.... De quelle droit, moi, pourrais-je m'en réjouir ? Il n'y a pas une certaine forme de folie ou d'obscénité à le faire ? Folie peut être .... Obscénité non ! Pourquoi ? Parce que être dans un rapport de joie au monde c'est être en l'occurrence aimer le monde malgré ce qu'il a de déplaisant c'est à dire ne pas redoubler la douleur qui me vient du monde par la plainte qui s'élève contre cette douleur. En somme celui qui n'est pas dans la joie, celui qui subit le monde, celui qui espère comme le philosophe espère la sagesse, un jour supprimer le malheur qui est le sien. Celui qui à cet égard oublie que le plus important à déjà commencer, celui là est cohérent, subie le monde et s'exprime de façon fidèle à ce que le monde lui propose. Le monde est triste, il est triste, il fait moche vous pleurez... Celui là est cohérent mais en même temps la douleur qui est la sienne se double de la plainte qui s'élève contre cette douleur elle même alors que dans la joie vous souffrez. Mais comme dit Spinoza, celui qui a des regrets est malheureux deux fois.
Ainsi être dans la joie, c'est être fou, c'est être incohérent mais c'est une folie qui à cet égard à peut être plus de sagesse que la simple cohérence d'un rapport de cause à effet par rapport au monde. L'appartenance au monde ne nous situe pas dans un rapport de cause à effet à son endroit. Donc cette sagesse où tout était déjà conquis, c'est une sagesse absolument magnifique qui vient, qui renvoi également à l'évangile et comme un acte de foi comme une profession de foi. La foi c'est quoi ? C'est comme la joie, le foi tient bon malgré tout les démentis que le monde lui apporte, la joie tient bon malgré tous les démentis et l'amertume que le monde nous propose. Cette sagesse où tout est déjà conquis, ça n'est plus la philosophie, c'est la sophiaphilie disons, la sagesse de l'amour. Là où la spiritualité répudie la morale, où le bonheur naît le l'absence d'espoir, où l'esprit trouve sa raison dans le corps.
L'opposition entre la spiritualité et la morale est en vérité une opposition entre l'éthique et la morale c'est à dire entre l'adhésion au singulier, le rapport au singulier à l'individu et des grandes valeurs morales, un décalogue auquel il suffirait de se plier pour conformer son existence à l'idée qu'on s'en fait. En somme, qu'est ce que ça veut dire ? Ça veut dire que l'on est sensible aux douleurs qui nous sont épargnées.
Il ne faut pas humaniser le monde mais le déshumaniser, à le dépouiller de ce que les hommes y déposent pour supporter d'y vivre. En quoi le ciel peut-il sourire chez un homme qui a déshumanisé le monde, qui a dépouillé le monde de ce que les hommes y déposent. En quoi le monde peut-il être beau alors qu'il ne nous est plus familié, alors qu'il ne nous ressemble plus. Il faut alors rompre avec deux perspectives : l'hédonisme et la théologie. Pourquoi ? Parce que l'hédonisme comme la théologie reposent sur un déni de la réalité. La théologie au sens le plus classique du terme spécule sur les dividendes d'un comportement ascétique le temps de la vie. Cette négation du présent au profit d'un futur, qu'il soit imaginaire ou non, semble un déni de réalité. L'hédonisme, il faut vivre chaque instant parce que c'est le dernier pourquoi ? Parce que vivre l'instant comme si c'était le dernier, c'est profiter de la vie le plus possible mais c'est vivre dans l'angoisse chacun des instants de la vie. C'est éprouver l'angoisse, essayer en permanence de conjurer l'angoisse que l'on éprouve de sorte que l'hédonisme comme la théologie, le fait de prier ou de "s'envoyer en l'air", d'aller au ciel ou d'aller au 7ème ciel, ces deux hypothèses relèvent d'un déni de réalité. L'hédonisme récuse la réalité dans la mesure où l'on entretient un rapport anxieux de celui qui parce qu'il a peur que la vie s'achève, se dépêche d'en jouir mais en jouit dans l'anxiété. Ainsi comment transcender cette alternative de l'hédonisme et de la théologie ? Et bien non pas en ajournant le moment de vivre au profit de la vie véritable dont cette vie présente ici bas ne serait que le préambule, non pas en jouissant de chaque instant comme s'il était le dernier mais en jouissant de chaque instant comme s'il était le premier ! Et c'est ici l'enjeu. C'est la qualité de chaque instant d'offrir cette alternative d'être à la fois le premier et le dernier de son genre et de nous laissez la liberté d'en profiter comme s'il était le dernier ou comme s'il était le premier. La différence c'est que dans un cas on est dans l'étonnement renouvelé dans un monde que l'on découvre à chaque instant, et dans l'autre, nous ne sommes pas dans l'étonnement mais dans l'angoisse, la représentation d'une mort qui, quand elle arrivera, qu'on ait joui ou non tout au long de la vie, nous laissera dans l'angoisse.
On ne peut savoir d'un homme s'il a réussi sa vie qu'à la dernière seconde, à la dernière minute de sa vie. En somme ce qui caractérise une vie réussie, c'est la façon dont nous mourrons. Avant de rentrer dans le royaume du néant, nous sommes spectateurs mais pour la dernière fois, il ne s'agit plus d'être spectateur, il s'agit de s'intégrer au monde, de faire l'expérience de cette intégration au monde qui est une expérience teintée d'amertume....