lundi 10 mai 2010

L'équilibre fragile du monde

Pour mieux comprendre le déroulement d’une situation complexe, il est parfois utile de recourir à une métaphore, c'est-à-dire à une transposition dans un autre domaine. Les objets évoqués sont différents mais les processus sont semblables. On va imaginer un lac dont la température est de 2 ou 3 degrés. Son eau est naturellement sous forme liquide mais l’hiver approche et la température baisse à 1° et à 0° et rien ne change apparemment. A -1° et à -2° l’eau est toujours liquide mais il suffit alors du moindre évènement, un caillou lancé dans le lac, pour que sa surface se transforme en glace. L’équilibre eau-glace était instable, l’eau du lac était, comme le dit la physique, en surfusion, prêt à changer d’état en un instant.

Jules Verne qui était à l’affût des curiosités scientifiques pour alimenter les aventures de ses héros, a utilisé ce phénomène pour tirer d’affaire les enfants du capitaine Altérasse. L’un d’eux, isolé par l’eau, est libéré par la glace. Il a suffit qu’il jette un caillou.

L’humanité de ce début de siècle, apparaît semblable à ce lac. Elle est en situation d’équilibre mais cet équilibre est instable. Elle est donc à la merci d’évènements anodins qui pourront provoquer des conséquences planétaires. Le domaine où ce constat s’impose, avec le plus d’urgence, est celui que nous avons longuement exploré : Les conflits entres nations ou entres peuples. L’accumulation d’un stock d’armes nucléaires capable de faire disparaître en peu de temps toutes les espèces évoluées dont la nôtre peut mettre un terme définitif à l’aventure humaine. Il suffit, pour provoquer cette fin absurde, qu’elle détenteur de l’une de ses armes choisissent de déclencher le suicide collectif généralisé, de préférence à une soumission à une loi commune. Même les précautions prisent par les démocraties pour désigner leurs responsables, ne mettent pas à l’abri de tels comportements. Les nations qui disposent de ses armes ne sont pas toutes des démocraties. Le pire est possible et tous le savent mais notre imagination peine à prendre la mesure de la monstruosité de l’enjeu. Plutôt que de les regarder en face, nous travestissons nos angoisses en les réduisant à un jeu de rôle que certains présentent comme une certaine dissuasion mais finalement c’est un jeu et la réalité ne sera pas un jeu.